Mardi 13 mars 2007
Aujourd’hui, article d’une page dans Le Temps sur le nouveau catalogue et l’accrochage de la collection, avec l’inauguration d’une salle permanente Art nouveau, article intitulé « Quand le patrimoine fait recette ». Mais surtout, interview d’Edmond Charrière, dont je conteste les propos finals.

Que répond-il à la question de son ami Philippe Mathonnet, un fidèle du MBA depuis l’arrivée d’Edmond : - Comment réagissez-vous au fait que votre successeur ne sera engagé qu'à 80% ?
Ce sont des soucis d'économies. Si la commune a réussi à faire vivre ce musée pendant vingt ans, elle n'a actuellement plus d'argent. Je subodore que le 20% restant du poste ira à un administrateur commun aux trois institutions du parc des musées (Musée d'histoire, international de l'horlogerie et des beaux-arts). Ces trois musées seront amenés à travailler ensemble, à planifier leurs programmations. L'ouverture de notre salle consacrée au Style sapin, émanation locale de l'Art nouveau, préfigure cette collaboration. Ce qui me fait réagir c'est le sentiment qu'on ne respecte plus l'histoire de ce Musée des beaux-arts. J'ai commencé il y a vingt ans dans des conditions difficiles, mais il y avait une préoccupation intellectuelle. On se battait pour certaines formes d'art, il y avait des débats, des enjeux artistiques. Ce n'est plus ça du tout. Maintenant, on demande à des musées comme le nôtre d'être des structures touristiques qui marchent, qui drainent du monde.
Cette réponse est truffée d’affirmations de valeur qui ne correspondent ni à la réalité, ni à la position de la commission du MBA (dont je fais partie), ni à celle du Conseil communal, manifestée plusieurs fois publiquement. Cette position relève de la souveraine liberté que le conservateur s'accorde pour exprimer en public des points de vue strictement personnels.
Reprenons ces affirmations point par point.
a) "Ce sont des soucis d'économies" : faux puisque le projet de réorganisation administrative des Musées du Parc implique qu’on puisse faire mieux avec les mêmes moyens financiers.
b) "Si la commune a réussi à faire vivre ce musée pendant vingt ans, elle n'a actuellement plus d'argent" : faux puisque, malgré les difficultés budgétaires, la Ville continue de soutenir d’une manière très importante les activités culturelles (cf mes précédents billets). Les moyens existent, pas seulement financiers, mais aussi politiques. Edmond Charrière peint le diable sur le muraille et donne à l’extérieur, comme chef de service, une image négative de notre ville. A ce sujet, relisons ce que Francis Stähli disait le 2 février 2005 au Conseil général : « (…) un titulaire qui a d’extraordinaires qualités de muséographe, c’est-à-dire, une aptitude à percevoir des courants, mais aussi à faire revivre des courants et à les exposer dans nos salles, en mettant des systèmes de relation entre les tableaux qui sont vraiment intéressants et qu’il renouvelle si nous allons en continu, si nous allons tous les mois au musée. Là, il est extraordinaire. Il est reconnu comme tel. Mais c’est un mauvais publicitaire. Voilà le problème. Nous pouvons le faire progresser ou l’aider, dans cette direction-là, mais il faut faire attention parce qu’il faut maintenir sa qualité extraordinaire. »
c) "Je subodore que le 20% restant du poste ira à un administrateur commun aux trois institutions du parc des musées" : le mot "subodore" est hypocrite, puisque Edmond Charrière sait très bien que justement toutes les activités administratives jusqu’alors assumées par le conservateur (gestion du personnel, de la publicité et de l’information, gestion technique de conciergerie) seront déléguées. Ainsi, avec 80%, le futur conservateur aura plus de temps qu’actuellement à consacrer à son travail propre (organisation d’expositions, rédaction de catalogues, médiation pédagogique). Cela, il ne l'a pas dit à Philippe Mathonnet.
d) « Ce qui me fait réagir c'est le sentiment qu'on ne respecte plus l'histoire de ce Musée des beaux-arts. » : faux puisque la volonté politique est justement de construire une nouvelle structure où l’autonomie du MBA, tant spatiale, muséographique, que culturelle sera garantie. Il n’est pas question de mettre le musée d’histoire dans le MBA, ni de faire partir la collection du XIXe siècle à Neuchâtel. Le prochain conservateur sera choisi en fonction d’une continuité où il devra tracer sa voie dans le sillon construit par Seylaz et Charrière.
e) « J'ai commencé il y a vingt ans dans des conditions difficiles, mais il y avait une préoccupation intellectuelle. On se battait pour certaines formes d'art, il y avait des débats, des enjeux artistiques. Ce n'est plus ça du tout. » : faux, car toutes les dernières propositions d’Edmond Charrière en matière d’expositions d’art contemporain ou d’achats d’œuvres contemporaines ont été acceptées. De plus, cet affaiblissement culturel est selon bien moins fort à La Chaux-de-Fonds qu'ailleurs. Enfin, la nécessité de mieux relier préoccupation patrimoniale et préoccupation contemporaine s’explique par la candidature de CDF-Le Locle pour l’inscription au patrimoine de l’humanité de l'UNESCO et par l’accent mis sur Le Corbusier. A ce titre, Edmond Charrière sera la futur président de l’Association Maison Blanche (première villa de Le Corbusier, remise en valeur ces dernières années). Un gros travail de réhabilitation du patrimoine, tant souhaité depuis longtemps par Edmond Charrière lui-même, a été entrepris depuis 2001.
f) "Maintenant, on demande à des musées comme le nôtre d'être des structures touristiques qui marchent, qui drainent du monde" : en partie faux car on ne leur demande pas que cela mais aussi cela, et pas seulement à La Chaux-de-Fonds. Le MBA doit mieux définir le lien dialectique qu’il doit créer entre public de connaisseurs et grand public, art contemporain international et patrimonial, artistes d’ailleurs et artistes d’ici. Dans ce sens, le nouveau conservateur aura beaucoup à faire pour sortir de la logique binaire sans nuances qui embarrasse l’esprit d’Edmond Charrière depuis toujours, logique avec laquelle je n’ai jamais été d’accord : ce billet le prouve une fois de plus, en toute amitié intellectuelle.

Que répond-il à la question de son ami Philippe Mathonnet, un fidèle du MBA depuis l’arrivée d’Edmond : - Comment réagissez-vous au fait que votre successeur ne sera engagé qu'à 80% ?
Ce sont des soucis d'économies. Si la commune a réussi à faire vivre ce musée pendant vingt ans, elle n'a actuellement plus d'argent. Je subodore que le 20% restant du poste ira à un administrateur commun aux trois institutions du parc des musées (Musée d'histoire, international de l'horlogerie et des beaux-arts). Ces trois musées seront amenés à travailler ensemble, à planifier leurs programmations. L'ouverture de notre salle consacrée au Style sapin, émanation locale de l'Art nouveau, préfigure cette collaboration. Ce qui me fait réagir c'est le sentiment qu'on ne respecte plus l'histoire de ce Musée des beaux-arts. J'ai commencé il y a vingt ans dans des conditions difficiles, mais il y avait une préoccupation intellectuelle. On se battait pour certaines formes d'art, il y avait des débats, des enjeux artistiques. Ce n'est plus ça du tout. Maintenant, on demande à des musées comme le nôtre d'être des structures touristiques qui marchent, qui drainent du monde.
Cette réponse est truffée d’affirmations de valeur qui ne correspondent ni à la réalité, ni à la position de la commission du MBA (dont je fais partie), ni à celle du Conseil communal, manifestée plusieurs fois publiquement. Cette position relève de la souveraine liberté que le conservateur s'accorde pour exprimer en public des points de vue strictement personnels.
Reprenons ces affirmations point par point.
a) "Ce sont des soucis d'économies" : faux puisque le projet de réorganisation administrative des Musées du Parc implique qu’on puisse faire mieux avec les mêmes moyens financiers.
b) "Si la commune a réussi à faire vivre ce musée pendant vingt ans, elle n'a actuellement plus d'argent" : faux puisque, malgré les difficultés budgétaires, la Ville continue de soutenir d’une manière très importante les activités culturelles (cf mes précédents billets). Les moyens existent, pas seulement financiers, mais aussi politiques. Edmond Charrière peint le diable sur le muraille et donne à l’extérieur, comme chef de service, une image négative de notre ville. A ce sujet, relisons ce que Francis Stähli disait le 2 février 2005 au Conseil général : « (…) un titulaire qui a d’extraordinaires qualités de muséographe, c’est-à-dire, une aptitude à percevoir des courants, mais aussi à faire revivre des courants et à les exposer dans nos salles, en mettant des systèmes de relation entre les tableaux qui sont vraiment intéressants et qu’il renouvelle si nous allons en continu, si nous allons tous les mois au musée. Là, il est extraordinaire. Il est reconnu comme tel. Mais c’est un mauvais publicitaire. Voilà le problème. Nous pouvons le faire progresser ou l’aider, dans cette direction-là, mais il faut faire attention parce qu’il faut maintenir sa qualité extraordinaire. »
c) "Je subodore que le 20% restant du poste ira à un administrateur commun aux trois institutions du parc des musées" : le mot "subodore" est hypocrite, puisque Edmond Charrière sait très bien que justement toutes les activités administratives jusqu’alors assumées par le conservateur (gestion du personnel, de la publicité et de l’information, gestion technique de conciergerie) seront déléguées. Ainsi, avec 80%, le futur conservateur aura plus de temps qu’actuellement à consacrer à son travail propre (organisation d’expositions, rédaction de catalogues, médiation pédagogique). Cela, il ne l'a pas dit à Philippe Mathonnet.
d) « Ce qui me fait réagir c'est le sentiment qu'on ne respecte plus l'histoire de ce Musée des beaux-arts. » : faux puisque la volonté politique est justement de construire une nouvelle structure où l’autonomie du MBA, tant spatiale, muséographique, que culturelle sera garantie. Il n’est pas question de mettre le musée d’histoire dans le MBA, ni de faire partir la collection du XIXe siècle à Neuchâtel. Le prochain conservateur sera choisi en fonction d’une continuité où il devra tracer sa voie dans le sillon construit par Seylaz et Charrière.
e) « J'ai commencé il y a vingt ans dans des conditions difficiles, mais il y avait une préoccupation intellectuelle. On se battait pour certaines formes d'art, il y avait des débats, des enjeux artistiques. Ce n'est plus ça du tout. » : faux, car toutes les dernières propositions d’Edmond Charrière en matière d’expositions d’art contemporain ou d’achats d’œuvres contemporaines ont été acceptées. De plus, cet affaiblissement culturel est selon bien moins fort à La Chaux-de-Fonds qu'ailleurs. Enfin, la nécessité de mieux relier préoccupation patrimoniale et préoccupation contemporaine s’explique par la candidature de CDF-Le Locle pour l’inscription au patrimoine de l’humanité de l'UNESCO et par l’accent mis sur Le Corbusier. A ce titre, Edmond Charrière sera la futur président de l’Association Maison Blanche (première villa de Le Corbusier, remise en valeur ces dernières années). Un gros travail de réhabilitation du patrimoine, tant souhaité depuis longtemps par Edmond Charrière lui-même, a été entrepris depuis 2001.
f) "Maintenant, on demande à des musées comme le nôtre d'être des structures touristiques qui marchent, qui drainent du monde" : en partie faux car on ne leur demande pas que cela mais aussi cela, et pas seulement à La Chaux-de-Fonds. Le MBA doit mieux définir le lien dialectique qu’il doit créer entre public de connaisseurs et grand public, art contemporain international et patrimonial, artistes d’ailleurs et artistes d’ici. Dans ce sens, le nouveau conservateur aura beaucoup à faire pour sortir de la logique binaire sans nuances qui embarrasse l’esprit d’Edmond Charrière depuis toujours, logique avec laquelle je n’ai jamais été d’accord : ce billet le prouve une fois de plus, en toute amitié intellectuelle.
par Daniel Musy
publié dans :
culture
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