Coup de boule à Jean Studer

Publié le 14 Septembre 2008

Depuis que Jean Studer est ministre de notre République, il ne se passe pas une semaine à gauche sans qu’on vante sa compétence, mais pas un jour depuis une année sans qu’on déplore sa manière de gouverner. Interrogez le monde syndical qui vous dira que jamais les négociations ne furent aussi dures avec la droite. Interrogez des conseillers communaux qui expliqueront les rapports remplis de méfiance existant entre leurs villes et l’Etat, situation pire qu'avec un gouvernement de droite.

Et voilà que pour la première fois de sa carrière politique Jean Studer reçoit un coup de boule auquel il devait s’attendre. Trop c’est trop, Laurent Kurth, dans une interview courageuse et sincère, met le pavé dans la mare et dénonce la dérive autoritaire de son camarade. Je remercie Laurent Kurth et le félicite de sa pugnacité.

De toutes façons, ma décision était prise depuis l’été : je ne voterai pas Studer au premier tour de l’élection au Conseil d’Etat !


Voici l’article de l’Impartial

En 2009, les communes devront supporter 15 millions de charges en plus. Le grand argentier Jean Studer l'a admis jeudi, confirmant une rumeur insistante. La pilule passe mal. La méthode aussi. A La Chaux-de-Fonds, le budget, pratiquement bouclé, est à refaire. Conseiller communal socialiste en charge des relations extérieures de la Ville, Laurent Kurth en a gros sur le cœur. Entretien.


Laurent Kurth, en 2009, la commune de La Chaux-de-Fonds devra supporter plusieurs millions de francs de charges supplémentaires. Un coup dur?

Oui! Mais plus que la question financière, c'est la méthode qui est en cause. Et pas seulement sur cette affaire. Là, ça commence à faire beaucoup!


Vous dénoncez «la méthode Studer». Elle est pourtant efficace. Que lui reprochez-vous exactement?

Ce gouvernement a annoncé sa volonté de révolutionner ce canton. Mais j'ai le sentiment que, plus que de révolutionner les institutions, il a transformé les méthodes de gouvernement, instaurant le mépris des interlocuteurs, le mépris de la parole donnée, la contrainte, le chantage et l'autoritarisme. A titre personnel, je ressens cela comme de la violence. Et, comme socialiste, je constate que cela est à l'opposé des valeurs qui fondent mon engagement politique. Je pense que le Parti socialiste doit se distancier de telles méthodes.


Une fois au pouvoir, un socialiste peut-il demeurer socialiste?

Oui, définitivement oui. A La Chaux-de-Fonds, la majorité de gauche a montré qu'elle pouvait affronter les situations difficiles y compris en son sein. Et cela, avec le concours de l'ensemble des composantes de l'exécutif. Ce dernier a su prendre des décisions impopulaires, assumer ses responsabilités, et faire évoluer la collectivité et cela dans le respect de la cohésion et des interlocuteurs. Si j'ai accepté aujourd'hui de m'exprimer comme je le fais, c'est parce que je pense qu'il est important de dire que l'on peut, comme socialiste, assumer des responsabilités en usant d'autres méthodes que celles adoptées actuellement par le Château.


N'est-ce pas le rôle du grand argentier d'assainir les finances cantonales?

Oui. Et il est de son rôle aussi de se demander si les communes peuvent prendre leur part du processus. Mais elles doivent pouvoir y participer, proposer des mesures d'accompagnement. Il n'est pas correct de prendre de telles mesures dans le plus grand secret et dans ces délais-là. Le report de charges supplémentaire pour 2009, sans concertation, est un exemple - un de plus - du régime autoritaire que je dénonce. Le message que nous envoie le Château, c'est que les communes doivent contribuer à l'effort mais n'ont rien à dire.


Vous faites allusion à d'autres épisodes. Lesquels?

Le Conseil d'Etat avait annoncé des reports de charges du canton sur les communes dans le domaine de l'éducation spécialisée. L'Association des communes neuchâteloises et les Villes ont manifesté leur opposition et ont demandé une entrevue avant l'été. La réponse est tombée dans la «Feuille officielle» à la mi-août, sans que la rencontre demandée ait eu lieu. C'est 300 000 fr. de plus à charge de la Ville.

Lors de notre dernière rencontre annuelle (lire l'encadré) avec le Conseil d'Etat, toute récente, nous avons évoqué cette question. L'Etat n'a fait aucune allusion à ce qui se préparait, à savoir les 15 millions de report de charges encore à venir.

Un autre exemple de la dérive autoritaire que je dénonce, c'est la manière dont la fusion entre les TRN et les TN a été empoignée. L'Etat a donné mandat à un bureau privé pour étudier cette fusion, informant après coup les deux compagnies de sa décision.

D'autres décisions seraient en préparation. Ainsi, il se dit que l'Etat prépare une cantonalisation des écoles d'ici à trois ans.

Plus généralement, les communes insistent depuis plusieurs mois pour être associées à un mandat d'étude que l'Etat a donné pour la transformation des structures institutionnelles du canton, mais jusqu'ici elles n'ont même pas obtenu le contenu du mandat.


Les communes peuvent-elles se battre contre un tel report de charges?

Nous utiliserons tous les moyens pour les combattre. Mais seront-ils juridiques, parlementaires ou autres? C'est à voir.


Le camarade Kurth va-t-il continuer à serrer la main du camarade Studer?


Oui. Et même, on s'embrasse quand on se rencontre. Mes amitiés n'ont rien à voir avec mes préoccupations politiques, qui sont connues à l'interne. Ces quatre dernières années j'ai amené ce type de question plusieurs fois devant le comité cantonal du Parti socialiste. Par ailleurs, je reconnais à Jean Studer une capacité de travail, une intelligence et une éloquence remarquables. Mais je pense que malheureusement sa méthode, autoritaire, l'a conduit à anéantir tout contre-pouvoir. Or, un pouvoir sans contre-pouvoir devient vite un pouvoir fou. Les partis et les institutions, qui ont un peu oublié de distingue r dureté des décisions à prendre et dureté de la méthode, doivent se réveiller! /LBY


Stratégiquement, il est nécessaire selon moi que Gisèle Ory ou Didier Berberat annoncent avant la fin de la semaine qui des deux se porte candidat à la candidature pour le prochain gouvernement. Ainsi Studer pourra le 29 septembre venir expliquer son budget amputant les communes de 15 millions. Encore faudra-t-il que les députés de gauche le votent.

Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Lien Commune-Canton

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Fabien 16/09/2008 19:00

Salut Daniel, je suis d'accord avec Laurent sur beaucoup d'aspects, le Conseil d'Etat est autiste et autoritaire (me semble l'avoir dit dans mon intervention sur les Hôpitaux en juin). Mais j'aimerais juste signaler que le manège des budgets est le même depuis pas mal de temps, et que le coup de gueule de Laurent sert plus à mettre la pression qu'à véritablement changer les choses. En gros, il actionne ce contre-pouvoir qu'il imagine anéanti par Jean Studer... Les questions que vous auriez dû vous poser sont de savoir si le timing est bon et si la méthode est bonne... Pour le timing, je dirais que c'est un peu tôt et que le risque est grand que le message se perde d'ici à ce que les budgets soient véritablement finalisés. Pour la méthode, j'imagine malheureusement que ça enfonce, aux yeux de la population, un peu plus le PS dans la crise qu'il vit depuis quelques temps...