Réaménagement de la place du Marché

Publié le 6 Juin 2007

Voici les extraits de mon intervention d'hier soir au Conseil général pour soutenir le projet de réaménagement de la place du Marché. L'intérêt politique de la soirée a été, malgré toutes les ouvertures du PS et du Conseil communal, de voir que 3 UDC ont voté contre. C'est-à-dire qu'ils ont de facto voté POUR le réaménagement de la rue du Collège-Industriel puisque l'arrêté voté hier contenait en même temps deux rubriques : le réaménagement de la place du Marché + l'abrogation de l'aménagement de la rue du Collège-Industriel. L'un n'allait pas sans l'autre, tel était justement le contrat passé avec les partis politiques par le Conseil communal. L'UDC Marc Schafroth avait d'ailleurs sur le site internet cantonal de son parti écrit ceci fin mars :

Jeudi 29 mars 2007 dans la soirée, une délégation de trois personnes dont le président de la section ville de La Chaux-de-Fonds de l'UDC-NE, le président du groupe UDC au Conseil Général et un membre du comité, a été reçue par deux représentants du Conseil Communal, soit le Président et le Vice-président la ville.

Au terme de débats nourris et de discussions fermes, il ressort les éléments suivants :

 -          Le Conseil Communal s'engage à faire annuler l'Arrêté concernant le crédit de 355'000.- pour le réaménagement de la rue du Collège-Industriel, lors de la prochaine séance du Conseil Général.

 -          Si l'annulation ne devait pas être acceptée par la gauche, le Conseil Communal s'engage à ne pas mettre en œuvre les travaux et a rendre

 -          En contre partie, la section ville de La Chaux-de-Fonds de l'UDC-NE ne s'opposera pas à la réalisation du réaménagement de la rue et place du Marché.

 -          Le référendum ne sera donc pas lancé.


Autrement dit, trois conseillers généraux UDC ont pris une position paradoxale. Le reste de leur groupe, soit 5 conseillers généraux, ont choisi une solution à mon avis beaucoup plus cohérente : ils se sont abstenus.

Ainsi, l'UDC s'est hier soir divisée entre deux tendances opposées : les réalistes et les "extrêmistes jusqu'au boutistes".


Voici mon intervention, suivie de deux autres prises de parole au cours du débat :

Madame la présidente, Mesdames, Messieurs, 1,21 million pour les dessous et aujourd’hui 1,4 million pour les dessus. Disons-le franchement, pour vivre avec sa ville, il lui faut certes des dessous pratiques, mais pour l’aimer il lui faut aussi des dessus un peu attirants. Une ville doit être fonctionnelle mais aussi se faire désirer. Et, dans cette législature, nous avons voté jusqu’à présent 14 millions pour des routes, des conduites, des tuyaux, des collecteurs, des études pour futurs collecteurs et 1,2 million pour les piétons et les enfants (750’000.- pour la sécurité autour des collèges et 350’000.- pour la cour du collège de l’Ouest). C’est donc dire que nous avons pris, sur ce plan des aménagements urbains, du retard par rapport à d’autres villes comme Delémont, Neuchâtel, Yverdon ou Bienne. Nous ne sommes pas de ceux qui répondront à ceux qui parleraient de La Chaux-de-Fonds comme d’un trou qui se meurt : « c’est le plus beau trou du monde ! » Non. La Chaux-de-Fonds n’est pas le plus beau trou du monde. Il faut donner un signe unanime et positif sur le réaménagement proposé car à l’extérieur, sinon, cette non-unanimité renforcerait les critiques à notre égard.  Comment en effet en même temps rendre crédible à l’extérieur la réunion de 3000 personnes exigeant un meilleur équilibre dans la répartition des richesses et des investissements dans le canton et en même temps refuser d’investir et d’être entrepreneur ? Le parti socialiste ne veut pas d’une ville qui demande tout et ne fait rien. Une ville à la mentalité d’assistée. Evitons ce soir ce repli sur nous, le psychodrame du printemps. Et concluons en beauté le feuilleton commencé de manière tragi-comique le 26 mars.

Notre approbation du projet présenté, que nous accepterons dans son intégralité quitte à discuter plus tard des amendements qui nous sont proposés, est tempérée d’un peu d’amertume, pas mal de déception et un brin de frustration devant la frilosité d’un certain nombre face aux changements urbanistiques. D’abord, bien sûr, une certaine amertume sur l’abrogation qui nous est proposée. Certes, le 26 mars la séance ne fut pas à l’honneur de la maturité politique dans notre ville. Chacun, tous groupes politiques confondus, et conseil communal compris n’y fut pas à son meilleur. Si l’abrogation de l’arrêté est une solution parfaitement démocratique sur le papier, mais peu élégante et à la limite du bricolage de pots cassés, l’intérêt général a tout à y gagner de même l’intérêt particulier de chacun d’entre nous. Certes, les concertations avec les partis le furent surtout avec les radicaux-libéraux et avec l’UDC mais, si le parti socialiste est d’accord avec l’abrogation c’est qu’il attend un nouvel élan autour de la place du Marché, élan qui selon lui aurait parfaitement pu être donné par la rue du Collège industriel. De même, nous ne dirons pas que c’est un nouveau parking que l’on aménage ou qu’on échange une zone piétonne contre un circuit de voitures, même si ces paroles peuvent avoir été prononcées dans le cadre de notre séance de préparation. Mais force est de constater que les contraintes multiples de tous ordres empêchent les aménagements. Cette chèvre ou ce chou que nous ménageons souffrent  un peu mais en même temps correspondent à la réalité de notre ville. Le réaménagement proposé est un compromis qui dire tient la route pour les raisons suivantes :

- Il est raisonnable financièrement, pas dispendieux, luxueux ou outrageusement moderniste. C’est une modeste zone de rencontres sur une place et non une pharaonesque zone de rencontre avec mobilier en marbre sur une route cantonale de transit.
- Il est stratégique politiquement, car il peut être la première modeste étape d’indispensables autres projets de réaménagements urbains, en particulier autour de la gare puis au Crêt-du-Locle.
- Il ne piétonnise pas à outrance ni ne galvaude les occasions, sinon le plaisir de piétonner. Sur ce plan-là les intérêts de chacun sont pris en compte. Les piétons d’abord, car cette place urbaine est proche de vraies petites places sans voiture (place des Lilas, place Espacité, place des Marronniers, place de la Carmagnole). On pourra y cheminer, y boire un verre, dans une zone de rencontre où les piétons sont prioritaires.
- Les automobilistes sont aussi gagnants. Ils pourront toujours se parquer pour faire leurs courses rapides sans horodateurs. La place du Marché reste totalement et gratuitement accessible. Qui dit mieux dans toute la Suisse ? Les commerçants gagneront à avoir devant eux une place embellie qui ne sera jamais un désert la nuit.  2008 sera difficile pour eux avec les travaux mais qu’ils pensent à l’avenir dès 2009, avec des terrasses pour les établissements publics, un espace autonome pour faire ses courses, un quartier revitalisé, rajeuni et attirant la clientèle. Pour nous, c’est la meilleure réponse que notre autorité puisse donner au développement des grandes surfaces en périphérie. C’est la meilleure réponse que notre autorité peut donner pour la sauvegarde du commerce de proximité.
- Finalement, les maraîchers bénéficieront d’installations techniques fonctionnelles appelées de leurs voeux. Allez voir la gabegie actuelle un samedi matin avec la pléiade de fils électriques de toutes sortes qui serpentent de partout.
- Et surtout, avantage principal, ce projet marque par son revêtement coloré l’élément fort de ce réaménagement qui indique que nous sommes là sur une place à caractère urbain et non sur des rues goudronnées. Sur ce plan là nous ne transigerons pas. Cette nouvelle surface colorée est indispensable au projet présenté. 

Je terminerai par quelques questions, suggestions et remarques.  Le Conseil communal peut-il nous assurer que les tableaux électriques et douilles seront résistants aux intempéries, que les marquises de la rue du Marché seront bien financées par les propriétaires des immeubles concernés, que la future zone de rencontres le sera bien et que toute tentative automobilistique de se parquer en dehors des cases prévues sera sanctionnée ? Nous ne voulons pas une future place du Marché comme parfois la place de la Carmagnole certains samedis devant le commerce de notre bien-aimé artisan fromager. Y aura-t-il une négociation avec les établissements publics pour unifier le mobilier de restauration, sans chaises et tables en plastique et parasols de toutes sortes de marques ? Finalement, peut-être une question centrale : le marché du mercredi et du samedi restera-t-il place du Marché ?

Nous suggérons d’installer des luminaires économes en énergie et respectueux de l’intimité des logements de la place. Attention à éclairer plutôt qu’à illuminer ! Nous suggérons également de prévoir un espace plus large autour de la fontaine pour pouvoir s’y asseoir et ne pas être resserré entre deux rangées de voiture. Nous suggérons également de fermer le côté est de la place par l’adjonction de bacs à arbustes supplémentaires.

Nous voulons terminer en nous projetant dans l’avenir et nous remercions le Conseil communal de ses informations précises et honnêtes sur les prochaines étapes prévues ou à l’étude (informations que nous avons eues lors de la séance à Espacité jeudi passé). Ces prochaines étapes sont la place de la Gare, Pod-Est, la rue de l’Avenir et la Fontaine. Nous lui disons qu’il ne doit pas oublier qu’il existe aussi un quartier important à l’ouest de notre ville : les Forges, qui ont besoin aussi d’un nouvel embellissement. Nous lui disons ensuite fermement que tous ces autres projets n’ont de chance d’aboutir que si une large concertation a lieu, d’abord entre les partis politiques mais aussi avec les riverains et les citoyens. L’espace d’une ville appartient à ceux qui y vivent et transcende les clivages politiques. Jamais on ne pourra imposer un remodèlement du début du Pod amputé de ses arbres sans un large consensus. Prenez-y garde et réfléchissez bien. Le Pod est la colonne vertébrale du transit routier de notre ville et il doit peut-être le rester. C’est à discuter mais ce n’est jamais à imposer. Sinon, c’est l’échec comme la mésaventure du dernier projet de zone de rencontres.

Finalement, nous sommes étonnés qu’à la rubrique rapprochement et collaboration avec Le Locle le néant règne. Pour nous, réaménager une des places les plus typiques d’une des villes candidates à l’inscription au patrimoine de l’Unesco, sous l’égide du patrimoine horloger, c’est créer un lien étroit avec Le Locle. Ce qu’une ville réaménagera avant de recevoir la visite des experts en 2009 est un atout pour l’autre. Ainsi, nous soutenons et soutiendrons la ville du Locle dans son projet de sauver et réaménager son ancienne poste. Dans ce dossier Unesco, nos destins sont liés.
Je remercie le Conseil communal pour le bon rapport qui nous est présenté.

(…)

Madame la présidente, Mesdames, Messieurs, nous sommes tout à fait sensibles à l’argumentation de M. Schafroth. C’est vrai qu’on peut se poser des questions sur le choix esthétique de ce revêtement puisque jamais actuellement le Service d’urbanisme ne nous a présenté une quelconque simulation photographique ou informatique. On peut théoriquement faire confiance à ce que ce revêtement beige soit plus chaleureux, plus en harmonie avec la couleur des immeubles de la place et finalement soit un revêtement qui dure, qui soit facilement remplaçable à des coûts qui ne seraient pas exorbitants en faisant venir une machine ou un camion spécial de Genève ou de Bâle. Sur ce plan-là, nous comprenons l’argumentation de l’UDC. Ce avec quoi nous ne sommes pas d’accord, c’est qu’il n’y a pas que le côté fonctionnel, il y a aussi le côté esthétique. Nous faisons confiance au Conseil communal à ce sujet mais nous ne voudrions pas que le service d’urbanisme et les services concomitants nous conçoivent des beaux projets théoriques, comme par exemple des panneaux à l’entrée de la ville, qui quand on les voit dans une salle sont magnifiques esthétiquement et quand on les regarde d’une voiture en entrant dans la ville sont illisibles. Notre confiance est donc tempérée par le débat de ce soir.  L’UDC nous dit une chose à laquelle nous sommes sensibles. Nous ne voterons pas avec vous mais nous sommes en pensée avec vos préoccupations (RIRES).  Tout cela pour en venir à notre amendement PS–Verts. Il limite les dépenses totales à 1’770’000.- soit 64’000.- de moins. Si nous avons bien calculé, le déplacement de la fontaine coûte 79’000.- mais comme l’eau potable coûte 15’000.- on retire 64’000.-et le tour est joué. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de tour. C’est aussi une question d’argumentation. Il y a deux argumentations possibles pour laisser les choses telles qu’elles sont. Premièrement, l’esthétique, en urbanisme, est une question de point de vue. Vous dites qu’esthétiquement cela donnera une belle perspective de la rue du Stand sur la fontaine. Certes, mais on peut aussi imaginer que l’esthétique qui consiste à voir la rue du Stand non coupée par la fontaine a un sens esthétique.
Deuxièmement, si dans quelques années - lointaines dans l’esprit de certains, et peut-être plus rapprochées dans l’esprit des autres – on imagine que la place soit en partie ou totalement piétonne, comment fera-t-on pour quand même laisser un transit pour les véhicules ? La rue du Stand redeviendrait éventuellement une possibilité de transit qui couperait la zone piétonne en deux. Pour ces deux raisons, nous pensons que la bonne idée proposée par l’UDC est à soutenir dans notre amendement, qui propose donc de supprimer le déplacement de la fontaine.

(…)

Abandonnons donc la rue des colères infructueuses et faisons la place à des marchés bien conclus ! Le crédit de deux fois 900’000.- pour le réaménagement de la place du Marché et de la rue du Marché n’est pas un deal que le Conseil communal a proposé aux partis de droite. C’était inscrit dans les crédits que nous devions voter. Ce n’était donc une surprise pour personne. Ils doivent arriver cette année sur nos bancs. Que ce crédit soit maintenant l’objet de réflexions pour être dépassé, pour des questions esthétiques (la couleur), fonctionnelle (mise en place de nouvelles structures électriques) c’est tout à fait légitime. L’UDC a vu aujourd’hui à quel point nous avons écouté ses points de vue dans une séance constructive. Je crois maintenant qu’il faut faire un petit pas pour que ce projet soit accepté de manière la plus unanime, fontaine ou pas. Le revêtement prévu va redonner à cette place de la chaleur et cela fait du bien au coeur.


Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Réflexions générales

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