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Il y a des petites choses : les sacs poubelles à 2 francs, les logos illisibles, les bus hybrides. Transcendées parfois dans notre ville par la présence de grands hommes. La Salle de Musique accueillait hier un musicien mythique : Nelson Freire. Et le mythe confirma sa réalité dans une intense communion sans grandiloquence avec le public.
Nous l’avons déjà écrit ici, notre Salle de musique nous ouvre au monde. Il n'y a pas de plus grandes personnalités mondiales qui viennent à La Chaux-de-Fonds que des musiciens. Avare de concert avec une discographie modeste, Nelson Freire est depuis plus de 50 ans un pianiste poète qui rassemble les éloges. Et hier soir, trois belles circonstances ont rendu son concert inoubliable, entrant dans la légende après ceux de Backhaus, Kempff, Richter, Gilels et Sokolov.
Le public d’abord, nombreux, bigarré, venant de toutes parts, d'ici et d'ailleurs, calfeutré dans une salle boisée bien chauffée à la bonne dimension. Presque pas de toussotements, une communion moins religieuse ou spirituelle que sentimentale, une imprégnation de moments poétiques.
Moments stellaires voulus par le programme - en arabesques de "phantasie" - qui se construisait, même dans la Fantaisie de Schumann, autour de « visions fugitives », de condensés d'imagination, romantiques et sensuels : des pièces plutôt de courte durée, même des miniatures, tantôt délicates tantôt virtuoses. D'abord, bien nommée, l'Arabesque de Schumann suivie par les épanchements de Robert vers Clara. Après la pause, 8 Visions fugitives de Prokofiev, la 4e pièce des Goyescas de Granados jouée avec une mélancolie (« saudade ») qu’affectionne Freire. Finalement 4 pièces variées de Liszt et 5 bis, livrés avec gourmandise et délectation: celles d'être là, ce soir de bise glaciale, dans cette chaude salle fraternelle.
Car Nelson a un rapport de volupté luxuriante avec l’instrument et le public, une complicité discrète et rêveuse, un jeu imprégné d’une douce chaleur tropicale teintée de nostalgie : c'est un Brésilien !
Merci donc au nouveau comité de la Société de musique et en particulier au programmateur Frédéric Eggimann d’arriver à faire jouer de tels grands artistes chez nous. A la fin de leur concert, ils mériteraient bien d’être salués et remerciés par nos autorités (conseiller communal, ou déléguée culturelle, chargés de communication, de promotion ou des relations extérieures). Est-on conscient, dans la tour d'en face, que le rayonnement de la ville passe aussi par l’accueil des grands hommes ?
Pour les amateurs, on trouve sur You Tube de beaux témoignages de l’art de Nelson Freire :
un Concerto de Schumann capté live à Rotterdam :
http://www.youtube.com/watch?v=zGQPXE5gGG4
une Arabesque de Schumann, morceau qu’il a joué chez nous :
http://www.youtube.com/watch?v=dI1YyNZsl9s
une ébouriffante Valse de Ravel pour deux pianos avec Martha Argerich : http://www.youtube.com/watch?v=JP7QeX3oPXs&feature=related
une Rhapsodie hongroise de Liszt jouée quand il n’a pas 20 ans :
http://www.youtube.com/watch?v=8fx9rpFo7Kg
une Sonate de Liszt filmée en 1982 :
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