La pression du FCC

Publié le 26 Novembre 2010

La démarche est singulière : aujourd’hui à 11 h 50 au moment même où le Conseil communal termine sa conférence de presse sur le budget 2011, le président du FCC envoie à tous les élus un courriel les pressant d’ajouter, le 13 décembre, 2,5 millions au budget des investissements en vue de la réalisation d'un terrain synthétique au Stade de la Charrière. Voici ce texte en intégralité, suivi de quelques questions que le procédé soulève.

 

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Mesdames les conseillères générales

Messieurs les conseillers généraux

 

Nous avons été informés ce début novembre, par le Conseil Communal, que le budget des investissements 2011 n’incluait pas la réalisation d’un terrain synthétique au Stade de La Charrière.

 

Par conséquent nous nous adressons à vous pour vous demander de proposer un amendement au budget, tels que votre compétence politique le permet.

 

Sur les 2.5 millions nécessaires, 1 million avait déjà été approuvé en 2007, mais non réalisé pour la rénovation du terrain synthétique actuel, rendu inutilisable par l’usure et les années. Comme ce dernier n’était pas aux normes en terme de grandeur pour une homologation en championnat, il avait été décidé d’attendre et de reporter ledit investissement sur un projet qui inclue un terrain utilisable aussi bien en compétition qu’en entraînement.

 

Cette infrastructure s’avère absolument nécessaire pour pouvoir garantir que le sport et le football en particulier soient pratiqués dans de bonnes conditions 11 mois par an dans un club formateur comme le nôtre.

 

Lors de vos choix de priorités dans la réalisation d’infrastructures (sportives et non), nous souhaitons mettre en évidence, chers élus, le fait qu’un retour sur investissement pour ce terrain synthétique existe. Les quelques exemples ci-dessous vous donneront certainement la possibilité d'en évaluer les bénéfices en terme d'argent:

 

   Renforcement de l’image de notre ville par rapport aux clubs neuchâtelois et des autres cantons qui forment également des sportifs au niveau élitaire et qui nous visitent lors des compétitions, suivis par un très grand nombre d'accompagnants et supporters.

   Cette infrastructure est absolument nécessaire pour la création d'un pôle de formation d’excellence sur le haut du canton, comme le prévoit notre convention avec Le FC Le Locle elle permettra aux deux villes; patrimoine de l'Unesco; de montrer une collaboration importante également au niveau du sport. Collaboration que nous avons déjà mise en place depuis nombreuses années avec les autres clubs de La Chaux-de-Fonds qui pourront aussi profiter de cet outil.

   Nous (FCC, FC Floria et FC Deportivo) avons environ 700 jeunes qui gravitent et profitent des infrastructures du stade de La Charrière. Nous devons leur garantir des entrainements de qualité sur des surfaces ne mettant pas en péril leur intégrité physique, comme c'est malheureusement le cas sur le synthétique existant.

   L’encadrement de nos juniors, par des éducateurs/entraîneurs diplômés et compétents, leur permettant d’évoluer plusieurs heures par semaine dans un cadre sain et éloigné de situations et pratiques dangereuses. Nous mettons tout en œuvre pour les faire grandir en devenant de futurs citoyens responsables.

   L’intégration des jeunes étrangers au travers du sport.

   La reconnaissance du travail des nombreux bénévoles qui s’investissent avec passion et à qui manquent des conditions de travail acceptables. Il s'agit la d'une grosse centaine de personnes qui ne coûtent rien à la collectivité.

 

Nous sommes convaincus que notre requête, qui profitera à tout le mouvement footballistique de La Chaux-de-Fonds, rencontrera un écho favorable auprès de vous tous et que donc vous proposerez l'amendement au budget 2011. Nous ne manquerons pas de venir vous soutenir, par une présence massive des jeunes du club, lors de la séance de vote au Conseil General du 13 décembre prochain,

 

En vous remerciant d’ores et déjà pour l’attention que vous avez porté à notre missive, nous vous prions de croire, Mesdames et Messieurs les conseillers généraux, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.

 

F.C. La Chaux-de-Fonds

Le Président

Raffaele Lieta

 

Cette requête d'une extrême correction et bien argumentée soulève chez l'élu des questions essentielles quant à son action politique :


- s'il doit être à l'écoute des nombreuses revendications d'investissements dans les domaines économiques, patrimoniaux, culturels et sportifs, peut-il, au nom d'un intérêt particulier, revenir sur une décision prise dans l'intérêt général ? En effet le budget des investissements de la ville se montera à 34,5 millions en 2011 et le rajout de 2,5 millions impliquerait de revoir à la baisse d'autres priorités ou de passer à 37 millions en mettant peut-être en péril la capacité financière d'amortissement. Or, le budget 2011 semble devoir être approuvé par tous les groupes politiques. Reviendront-ils sur leur décision prise en commission financière (comme l'an dernier mais à l'envers), où l'UDC a fait passer une réduction des investissements de 38 à 30 millions ?

 

- la stratégie d'influence développée le FCC existe aussi dans d'autres situations budgétaires (exemple : pression de syndicats sur le budget de fonctionnement revus à la baisse). C'est pourtant la première fois depuis très longtemps qu'est annoncée explicitement une pression (ici définie comme un "soutien" aux décisions des élus) émanant d'une association de bénévoles dont il faut reconnaître les efforts. Ainsi, la "présence massive des jeunes du club", qui devront rester jusqu'au moins 22 heures avant la décision, est annoncée. Est-ce la bonne façon de convaincre des élus de modifier des décisions déjà prises en commission ? N'aurait-il pas fallu exercer "la communication d'influence" bien avant ? La situation des terrains du FCC est-elle plus en péril que d'autres infrastructures ? Les jeunes futurs citoyens et leurs parents sauront-ils que lors de cette soirée les élus qu'ils souhaitent "soutenir" décideront d'investir pour rénover complètement le Pavillon des Sports (coût : 4,2 millions) et améliorer la sécurité à la patinoire des Mélèzes (1,5 million) ? Savent-ils que le terrain des Forges a été très récemment complètement rénové ? 

 

Finalement, seraient-ils d'accord de payer plus d'impôts pour avoir plus de marge financière pour investir chaque année davantage ? Ou partageraient-ils, de manière cachée, l'opinion que, dans cette ville, on investit de manière pharaonique dans des projets pas indispensables et, somme toute, bien inutiles à leurs yeux ?

 

La sagesse serait peut-être de se dire, comme de nombreux autres citoyens membres d'associations sportives ou culturelles, que leur tour viendra et qu'on ne les oublie pas.

 

 

PS : Lors du Conseil général du 13 décembre, j'ai fait passer à l'unanimité le postulat suivant lors du vote du budget des investissements :

 

Budget des investissements 2011

Arrêté d’approbation du budget no 1

du 13 décembre 2010 

Postulat du Parti socialiste

 Le Conseil communal est prié d'examiner, dès le début de l'exercice 2011, la possibilité de proposer au Conseil général un crédit d'investissement pour la pose, pendant l'année 2011, d'un revêtement synthétique sur le terrain du stade de la Charrière. 

 

 

 

J'ai développé ainsi ce postulat :

 


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,  C'est une démarche singulière, comme élu, que de recevoir, quelques semaines avant le vote d'un budget, un message de la part d'une association qui représente moins ses intérêts particuliers que l'intérêt général de la Ville. Jusqu'à preuve du contraire, le terrain de la Charrière n'est pas le terrain du FCC, mais notre terrain. C'est donc une démarche tout à fait légitime de la part d'élus que d'être à l'écoute de citoyens qui se posent des questions, de façon modérée, sur les infrastructures de la collectivité publique.

La première idée est de penser que nous nous faisons tirer par la manche ou que l'on nous met la pression. La seconde, après analyse de la situation, est que nous sommes en face, véritablement, d'interrogations et de problèmes que j'aimerais essayer de vous expliquer.

Dans ce Conseil, il n'est pas question de mettre une quelconque pression, par exemple par un amendement, comme on nous le suggérait, qui obligerait le Conseil communal à construire ou poser ce terrain l'année prochaine. Cela serait le meilleur moyen de tout faire capoter. C'est la raison pour laquelle, nous avons déposé un postulat que je vous lis :

"Le Conseil communal est prié d'examiner, dès le début de l'exercice 2011, la possibilité de proposer au Conseil général, un crédit d'investisse- ment pour la pose, pendant l'année 2011, d'un revêtement synthétique sur le terrain du stade de la Charrière."

Le Conseiller communal responsable des Sports et de la culture nous a expliqué qu'il y avait des possibilités d'inverser les priorités, mais cela sera du ressort du Conseil communal, par l'étude que nous lui demandons. Cela sera peut-être, dans l'idéal, d'inaugurer un terrain en 2011 à la Charrière et le Pavillon en 2012. Tout cela n'est absolument pas contraint par notre postulat qui est une demande d'étude.

Nous avons fait l'analyse de la situation et nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il y avait une véritable urgence. D'abord, une urgence humaine car, en 2007, nous avons voté un crédit de plus d'un million pour la pose d'un revêtement synthétique sur un terrain annexe, plus petit, situé aussi dans l'enceinte de la Charrière. Cet investissement n'a jamais été réalisé, c'est pourquoi il y a d'énormes problèmes pour que les entrainements se passent bien. Ce n'est pas simplement un petit club qui aurait un intérêt particulier, mais des centaines et centaines de jeunes de différents clubs (environ 700) qui sont entrainés par d'innombrables bénévoles et qui pourraient être entrainés par des bénévoles supplémentaires qui, (et c'est une image très négative de notre ville) préfèrent aller entrainer des clubs juniors de plus petits villages qui ont de meilleures conditions que La Chaux-de-Fonds.

Je veux bien que nous nous occupions des chevaux et je pense qu'il est important de parler du Paddock. Mais, ce qui m'importe encore plus, c'est la passion de centaines et de centaines de jeunes dans cette ville qui auraient la possibilité, assez vite, de pouvoir s'entrainer, à peu près toute l'année, sur un terrain synthétique supplémentaire. Cela permettrait une meilleure planification des entrainements, la pelouse du stade actuel ne le permettant pas. Elle n'est utilisée que pour les matches de la première équipe.

C'est une urgence liée à une promesse et à un engouement qu'il y a, aujourd'hui, pour ce sport universel. J'espère que le Conseil communal acceptera notre postulat car c'est une demande d'étude qui pourrait être liée au rapport qui nous viendra très prochainement.

C'est un postulat qui montre que nous pouvons, sans être sous la pression, être à l'écoute d'une demande légitime des citoyens, dans le cadre de l'intérêt général. Si c'est un peu particulier de tant développer un postulat, je pense que c'est pour viser une belle cause et que celle-ci n'est ni abusive, ni téméraire, ni scandaleuse.

Avant de passer au vote, je souhaiterais connaître la position du Conseil communal et j'incite mes collègues du Conseil général à accepter ce postulat qui est totalement différent d'un amendement qui serait contraignant en obligeant le Conseil communal à dépenser une somme indiquée. C'est une étude pour, si possible, arriver très vite à la réalisation de ce terrain promis, l'idéal étant l'inversion des priorités : En 2011, l'inauguration du terrain à la Charrière, 2012, le Pavillon. Mais c'est au Conseil communal de faire sa politique.

Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Réflexions générales

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