J'ai envoyé aujourd'hui la lettre suivante au journal Le Temps, suite au commentaire du journaliste Serge Jubin. On verra bien si elle est
publiée.
Voici l'article de Jubin :
Il aura fallu un an de tergiversations, mais la raison l'a emporté: les cantons de Neuchâtel, de
Berne et du Jura se sont entendus pour créer un campus unique pour la HE-Arc. Fragile en raison de sa «tricantonalité» et de ses faibles effectifs, la HES de l'Arc jurassien se donne une chance de
se développer.
Les critères d'attractivité et d'accessibilité, seuls à même d'attirer d'indispensables nouveaux étudiants, l'ont emporté sur les considérations régionalistes neuchâteloises. Tant mieux.
Reste que le canton de Neuchâtel n'est pas sorti de ses jalousies internes. Le projet RUN, qui entend fondre les trois villes dans une même agglomération, ne parvient pas à briser les clochers.
S'il prône avec raison l'intérêt supérieur du canton et de l'Arc jurassien, le gouvernement se marche sur les pieds en tentant, simultanément, un impossible équilibre interne. La HES contre la
maternité, en l'occurrence.
Depuis plusieurs décennies, le canton se profile au travers de sa tête de pont, le chef-lieu Neuchâtel. Même si elle compte plus d'habitants, La Chaux-de-Fonds est en retrait. Moins accessible,
plus éloignée, image moins porteuse.
Pourquoi le Conseil d'Etat ne le reconnaît-il pas et ne dit-il pas que la locomotive cantonale est en Bas? C'est politiquement très incorrect, peut-être trop provocateur. Mais c'est la réalité. Le
reconnaître clarifierait le débat.
Voici ma lettre :
Oui à l’équilibre Haut-Bas
Selon Serge Jubin, dans son commentaire (samedi 19 janvier) sur les décisions du Conseil d’Etat d’implanter le site
mère-enfant à La Chaux-de-Fonds et la HE-Arc à Neuchâtel, il s’agit d’un « impossible équilibre interne ». Dans la logique de ce journaliste, qui est aussi celle de nombreux habitants du canton,
La Chaux-de-Fonds est « en retrait », « éloignée », alors que la « locomotive cantonale est en Bas ». Cette vision, qui pour M. Jubin est « la réalité », oublie trois éléments clés :
premièrement, et c’est fondamental, la constitution de notre république neuchâteloise, qui stipule à son article 5 que « l'Etat et les communes assument », notamment, la tâche suivante : «
l’équilibre entre les régions ». Tâche plus noble à remplir que les jalousies ou les querelles de clocher évoquées dans l’article. Deuxièmement, le secteur secondaire de pointe des Montagnes
neuchâteloises, qui est la locomotive économique du canton. Troisièmement, la capacité, historique, de mobilisation des citoyens de cette région pour se développer et aller de l'avant en
résistant contre les modes de pensée dominants.
La nouvelle est tombée à 10 h 55 sur RTN : un site unique en ville de Neuchâtel pour la Haute Ecole Arc et des centres de formation de proximité et des instituts de
recherche, qui permettront de préserver l’ancrage de la HE-Arc auprès du tissu économique régional. Les instituts de recherche du domaine ingénierie resteront dans les parcs technologiques à
La Chaux-de-Fonds, à Neode, et à St-Imier. Dans notre billet du 27 janvier 2007 (cf sur ce blog), nous doutions déjà de la
création à La Chaux-de-Fonds d'une HES ingiénierie.
Et surtout, contre toute attente, la pédiatrie sera dans le haut du canton de Neuchâtel avec la création d’un centre mère-enfant à La Chaux-de-Fonds et d’un centre de
l’appareil locomoteur à Neuchâtel.
On peut ainsi dire, à chaud, que l'équilibre entre les régions, qui est la tâche constitutionnelle de l'Etat, n'est pas vraiment respecté en matière de formation :
après le départ des formations santé vers le bas, du Conservatoire professionnel vers l'arc lémanique, voici une concentration à Neuchâtel d'une formation qui concerne en priorité le tissu
économique du Haut.
La seconde décision est un signe clair pour le maintien d'une vie active dans les Montagnes, en déficit démographique, et pour une révolution mentale dans les esprits du bas qui devront
comprendre que le Canton est un. Mais cela ne résout pas le problème pour les habitants du littoral et on en droit de se demander si ces concentrations de soins d'inspiration néo-libérale ne vont
pas à contrecourant des besoins effectifs des populations. Dans ce sens, je ne jubile pas sur cette décision qui péjore la situation pour les habitants du littoral. Il faudra en effet dès
aujourd'hui garantir à chaque citoyen l'accessibilité aux soins. De plus, 2015, c'est encore loin et on veillera à ce que les décisions d'aujourd'hui se réalisent bien. Il serait par exemple
insupportable que l'on retire le site mère-enfant à La Chaux-de-Fonds dans quelques années sous prétexte que la solution provisoire à Neuchâtel donne satisfaction. C'est pourquoi la rénovation de
notre hôpital doit commencer au plus vite.
Cette semaine, plusieurs nouvelles apparemment négatives pour notre ville : la baisse d’impôts au Locle (alors que nous, nous aurons un déficit de 5 millions
en 2008) et la fuite médiatique indiquant que le site mère-enfant ne serait pas implanté à La Chaux-de-Fonds
Notre ville souffre d’un problème structurel fondamental : nous avons des infrastructures adaptées à une ville de 40'000 habitants qui aurait une pyramide démographique et
socio-culturelle différente (plus de jeunes et plus de cadres). Il nous faut donc en même temps :
- réduire le train de vie de notre administration, ce que nous avons fait au point même de la rendre presque exsangue,
- trouver des ressources fiscales nouvelles (plus de contribuables aisés, d’entreprises performantes et riches, une meilleure péréquation cantonale et éventuellement le prélèvement
d’un impôt à la source sur les pendulaires non frontaliers) sans penser une seconde à augmenter les impôts, mesure impensable politiquement,
- continuer à investir, avec l’Etat, pour attirer ces nouvelles entreprises et ces nouveaux contribuables.
Le cercle est apparemment vicieux mais des indicateurs sont réellement au vert : l’image renouvelée, pour les autres et pour nous, de la future et possible inscription au
patrimoine Unesco; les multiples projets d’implantations de nouvelles entreprises performantes ayant confiance en l’avenir de cette région pas encore asphyxiée par l’urbanisation galopante de son
milieu naturel, l’agrandissement probable de Néode, le développement du quartier Le Corbusier, la bonne santé économique.
Certes, celle-ci peut ne pas durer et nous plonger à nouveau dans une crise horlogère. De même, la localisation du site mère-enfant Neuchâtel sera néfaste pour l’établissement ici
de jeunes familles mais, d’un autre point de vue, l’orthopédie regroupée à La Chaux-de-Fonds, dans un hôpital performant et rénové, permettrait de développer des synergies avec des entreprises de
pointe en matière de fabrication d’implants orthopédiques artificiels. Une ville accueillante et plaisante à vivre pour le 3e âge un peu boîteux, n’a pas que des désavantages ! L'essentiel sera
que l'hôpital de La Chaux-de-Fonda abrite des spécialisations "porteuses" d'avenir, si l'on peut faire ce jeu de mot avec l'orthopédie par exemple.
De plus, la baisse d’impôts au Locle est explicable par le faible taux d’endettement d’une ville qui a très peu investi ces vingt dernières années. Rappelons aux Loclois qu’ils
profitent gratuitement (c'est-à-dire sans qu'ils participent à leur budget de fonctionnement) d’infrastructures culturelles et sportives performantes sans équivalent chez eux (Heure bleue,
Beau-Site, bibliothèque et discothèque, Musée d’Histoire naturelle, Bois du Petit-Château et Vivarium, piscine couverte, stade d’athlétisme).
En conclusion, voyons dans l’apparemment négatif (déficit budgétaire, site mère-enfant) le revers positif d’une médaille à gagner par l'unité politique des partis
chaux-de-fonniers, d'accord sur les grands objectifs, et non les plaintes stériles. La probable acceptation à l'unanimité du budget 2008 serait un signe de cette unité.
Le samedi 3 décembre, lors des rencontres de décembre au Club 44 consacrées aux problèmes de formation, transports et infrastructures dans le Haut, les deux conseillers d'Etat Sylvie Perrinjaquet et Fernand Cuche ont brutalement quitté la salle sans écouter les interventions de Laurent Kurth et Denis de la Reussille. J'ai interpellé le Conseil communal le 19 décembre là-dessus.
Voici ce que j'ai dit :
J’aimerais très rapidement interpeller le Conseil communal sur les liens et les discussions existant en cette période difficile pour notre Ville entre le Conseil d’Etat et La Chaux-de-Fonds; La Chaux-de-Fonds en particulier et en l’occurrence, notre Conseil communal. Les rencontres entre nos deux exécutifs se déroulent-elles régulièrement, dans un bon climat, dans une écoute attentive de la part de l’autorité cantonale ? Voilà ma question. Ces rencontres permettent-elles de faire avancer les positions, le rééquilibrage que notre Conseil dans sa majorité, sinon dans son unanimité, appelle de ses voeux. Il faut dire que la question me préoccupe après la séance de réflexions des Rencontres de décembre au Club 44, séance à laquelle deux représentants de notre Conseil d’Etat ont participé avant de brutalement la quitter. Brutalement, parce que c’était juste avant le moment où les représentants de nos deux villes ont fait d’importantes interventions. Comme élu ayant participé avec un autre de mes collègues à cette séance, j’ai été surpris, d’ailleurs comme la presse locale, par cette, disons-le aimablement avant les fêtes de Noël, désinvolture.
(…)
Le Conseil communal a répondu ainsi .
A la question de M. Musy, oui, il y a des rencontres entre le Conseil d’Etat et le Conseil communal. Oui, le climat est serein. Oui, le Conseil d’Etat a une oreille non seulement attentive, mais une attitude polie. RIRES. Nous devons constater simplement que le Conseil d’Etat est obnubilé par les finances, par le frein aux dépenses, et qu’il a parfois tendance à ne pas avoir de vision politique d’avenir. (…) Concernant les Rencontres de décembre et la non-présence de conseiller d’Etat ou de conseillère d’Etat, nous devons dire que le Conseil communal a lui aussi été choqué, et que le Conseil d’Etat est seul maître de ses horaires et de l’image qu’il veut donner à la population.
Jeudi au Conseil général, je suis intervenu sur le point a) du texte écrit le mercredi 24 janvier (cf plus bas) , sur le glissement du discours du Conseil d’Etat qui ne parle plus d’équilibre mais de complémentarité. J’ai adouci la phrase sur l’anticonstitutionalité et ai dit "frise les limites de la constitutionalité".
La seconde partie de mon intervention, très succinctement résumée par l’Impartial d’aujourd’hui, a été une réponse à l’intervention de Madame Silvia Morel qui est la seule élue de droite ayant pris la parole ce soir-là. Silence radio absolu de l’UDC et des libéraux.
Après la très longue et sincère intervention de Pascale Gazareth (POP), très critique sur le message du gouvernement (elle a même parle de « trahison ») et qui laisse augurer de ce que sera la position popiste pour les fédérales (se démarquer le plus possible du gouvernement), Silvia Morel a commencé par relever le paradoxe de voir un parti de droite, le sien, soutenir un gouvernement de gauche. Elle a souligné, à mon avis à juste titre, le ton trop négatif de la gauche ce soir-là face au gouvernement, y compris même le mien. Il faut au moins reconnaître une chose, c’est que sur le dossier HES, le gouvernement a engagé un combat, ce qui est rare de sa part depuis des années. Cela, la gauche ne l’a pas assez dit. Avoir des « pensées tristes », comme dirait Spinoza, diminue notre puissance d’être et d’agir.
Madame Morel a ensuite crié victoire en se réjouissant que nous ayons « gagné la HES » et que c’est maintenant au Conseil communal de se bouger pour faire avancer le dossier, de la construction en particulier. C’est là bien évidemment que je ne puis être d’accord avec cet optimisme naïf et ces « passions tristes » que l’élue radicale génère régulièrement à l’égard des autorités chaux-de-fonnières. C’est comme si elle voulait dire que si cela rate, ce sera de la faute de la ville. Le jeu politique veut qu’on ne laisse pas sans réponse ce genre d’insinuation. Laurent Kurth a d’ailleurs longuement expliqué les innombrables rencontres qu'il y a déjà eu entre la ville et les partenaires concernés par cette possible école à La Chaux-de-Fonds.
Mais le combat est-il gagné ? Surtout pas ! Silvia Morel dit qu’il faut foncer, sans voir les chicanes du parcours : convaincre les autres cantons (BE et JU), convaincre le comité directeur de la HES Suisse occidentale, peu favorable aux dispersions de sites, convaincre le Conseil fédéral, convaincre les Neuchâtelois eux-mêmes.
Lisons la presse d’hier et voyons l’attaque en règle des milieux économiques et médiatiques. Et surtout, commençons à voir le gros obstacle politique du dossier qui est un obstacle cantonal. En effet, d’après mes informations, non vérifiées je le reconnais, le site pour une HES ingénieurs à Neuchâtel est prêt. C’est sur le terrain qui serait laissé libre par le vieil entrepôt CFF à l’est de la gare. Le financement avec des fonds privés serait trouvé et les plans déjà élaborés. Comment alors, politiquement, faire accepter à tous les Neuchâtelois un investissement important à La Chaux-de-Fonds alors que cela serait plus simple, plus rapide et moins coûteux de le faire à Neuchâtel ? Pense-t-on au risque du referendum ? Là est la quadrature d’un cercle où les rondeurs de Jean Studer compenseront peut-être les arêtes vives de Sylvie Perrinjaquet.
Dans le communiqué du Conseil d'Etat de ce jour, on peut lire trois phrases intéressantes :
a) Dans ce nouveau canton de Neuchâtel, les équipements collectifs et les centres de compétences doivent être répartis dans un esprit de complémentarité et de répartition et non plus d’équilibre quasi absolu entre ses deux pôles urbains.
b)Le Conseil d’Etat prépare aussi de nombreux projets. Non seulement des projets créateurs de richesses, mais aussi des projets fédérateurs à l’instar du TransRUN. Axe majeur de cohésion cantonale, le TransRUN est basé sur un projet d’agglomération et des régions qui conditionnera la réalisation, à l’horizon 2010-2015, d’un moyen de transport public rapide entre le Haut et le Bas du canton. Le Conseil d’Etat remettra un rapport sur cet objet au Grand Conseil cet automne.
c)Les services de pédiatrie hospitalière seront centralisés à Pourtalès dès le 1er janvier 2008, où sera créé un département cantonal de pédiatrie de l’HNe auprès du centre de néonatalogie existant. Cette décision se veut une mesure indispensable d’amélioration de la sécurité sanitaire et de rationalisation, et ne doit en aucun cas être perçue comme un démantèlement du site de La Chaux-de-Fonds, dans lequel un projet de rénovation est d’ailleurs prévu.
Ces trois extraits du communiqué du Conseil d'Etat le 24 janvier me font réagir ainsi :
a) Donc le CE présuppose qu'il y avait ou qu'il y a encore équilibre. C'est difficile à admettre : en effet, il n'y a jamais eu équilibre et et encore moins équilibre absolu. Dans son texte d'hier, le CE ne parle même plus d'équilibre ou de rééquilibrage mais de complémentarité. Autrement dit, un un centre de l'agglomération et des banlieues périphériques et complémentaires du centre. Et non une agglomération avec deux centres : le Haut et le Bas
Rappelons l'article 5 de la Constitution cantonale :
Tâches de l'Etat et des communes
Art. 5 1Dans les limites de leurs compétences et en complément de l'initiative et de la responsabilité des autres collectivités et des particuliers, l'Etat et les communes assument les tâches que la loi leur confie, notamment:
a) la protection de la liberté des personnes;
b) le maintien de la sécurité et de l’ordre publics;
c) l’instruction et la formation, scolaire et professionnelle, ainsi que la formation des adultes;
d) l’accueil et l'intégration des étrangères et des étrangers, ainsi que la protection des minorités;
e) la promotion et la sauvegarde de la santé;
f) le développement de l’économie, ainsi que le maintien et la création d'emplois;
g) l'équilibre entre les régions, ainsi que la collaboration et la péréquation financière intercommunales; (...)
Sous cet aspect, je tends à penser que la ligne politique du gouvernement frise l'anticonstitutionalité.
b) Ai-je mal compris quand je croyais que pour bénéficier du financement de la Confédération il fallait déposer le projet fin octobre 2007 ? Ici, on nous parle d'un rapport au Grand Conseil. Ne sera-t-il pas alors beaucoup trop tard, ce qui ferait partir en fumée dès fin 2007 le projet d'un espace HES à CdF ? Il faut aller plus vite.
c) Je trouve les dernières ligne vagues et floues; je me serais attendu à un engagement ferme du Conseil d’Etat pour un vrai investissement de grande rénovation, avec des chiffres et des exemples. Bref, dans ce dossier Hôpital, on doit céder la pédiatrie hospitalière sans contrepartie clairement affirmée.
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