Budget 2008 adopté à l'unanimité

Publié le 14 Décembre 2007

Miracle, parfois, de la politique : ces moments où d'une discussion partisane, finit par sortir, après décantation émotionnelle et rationnelle, une solution dans l'intérêt général. Le Conseil général a hier soir adopté à l'unanimité le budget 2008 après le retrait par la gauche d'un amendement visant à augmenter les subventions culturelles de 25000 francs. Deux collègues libéraux en particulier (Xavier Hüther et Laurent Iff), par leur argumentation mesurée, non agressive et rassembleuse, ont pesé dans cette décision. Le premier ferait un excellent futur conseiller communal : il a même parlé hier des valeurs républicaines. Francis Staehli a brillamment montré qu'il ne fallait pas faire de cet amendement-souris une montagne. La décision du retrait s'est prise lors d'une interruption de séance où les 23 conseillers généraux de gauche présents se sont réunis dans une salle annexe pour parvenir à l'accord. Je n'en dirai pas plus sur ce qui s'y est dit mais la lucidité y a prévalu.

Comme président de la commission financière, j'ai introduit la discussion du budget par le discours ci-dessous.


Le vote du budget d’une collectivité publique est l’acte législatif le plus important. Il détermine les moyens avec lesquels cette collectivité fonctionnera l’année qui suit et choisit quels investissements seront privilégiés. C’est dire que c’est d’une responsabilité particulière dont je me sens investi pour introduire, comme président la commission financière, cette discussion du budget 2008 de la Ville de La Chaux-de-Fonds. La responsabilité de parler au nom de tous ses membres sans esprit partisan et de refléter le mieux que je pourrai l’esprit qui l’a animé durant ses travaux. Rappelons qu’elle est composée de 15 membres, chacun réparti dans cinq sous-commissions permanentes. Celles-ci sont chargées d’élaborer pour la commission et pour notre conseil un rapport qui a deux buts : premièrement, examiner le budget de chaque service en présence du conseiller communal chef du dicastère et du chef de service et, si accord il y a, proposer des modifications à ce budget ; secondement discuter de la marche du service, les problèmes qui s’y posent, les satisfactions apportées quand ils sont résolus.

Je tiens d’abord à faire de nombreux remerciements. Remercier en premier lieu la population de cette ville, qui en particulier par l’intermédiaire de la presse locale (merci à elle aussi pour son nécessaire travail de relais), est la première concernée par nos décisions. Parmi nos concitoyennes et concitoyens, certains réussissent dans cette période florissante, d’autres sont plus fragilisés, souvent depuis longtemps. Nous essayons, nous élus miliciens, par les dizaines d’heures par mois que nous consacrons bénévolement à notre ville, de la faire avancer sur le chemin qui nous paraît le mieux correspondre à l’intérêt général. Entre nos six partis, nous sommes, dans la chance de nos diversités, chacun dans nos réseaux respectifs, à l’écoute de nos concitoyens, en relayant leurs préoccupations, satisfactions et mécontentements.

Le deuxième remerciement va à l’ensemble du personnel communal pour l’effort constant, souvent difficile, jamais relâché, qui lui a été demandé depuis 3 ans. Tous les groupes de ce conseil savent à quel point les services travaillent dans des conditions souvent limite ; les 2,5% de retenue exceptionnelle pendant 2 ans sur les salaires ont marqué un sacrifice qu’on doit reconnaître puisque les contribuables ont continué de bénéficier de prestations de qualité. Notre commission a donc trouvé légitime la proposition du Conseil communal de rétablir ces 2,5% depuis janvier 2008. Et plus aucun conseiller général ne pourrait aujourd’hui dire sans vergogne que notre administration est bouffie d’elle-même.

Merci aussi à tous les chefs de service qui doivent chaque année jongler avec les restrictions et frustrations de toutes sortes pour arriver à diriger leur service et continuer d’être imaginatifs. Si la prospérité est parfois un oreiller de paresse, la rigueur sinon stimule du moins mobilise les énergies pour trouver des solutions. Nous leur savons gré de nous accueillir avec bonne humeur, avec un sens aigu du dialogue et de la pédagogie pour toujours nous expliquer avec précision comment fonctionnent leurs services.

Merci à Madame et Messieurs les cinq conseillers communaux pour avoir su, cette année surtout, instaurer, dans la concordance démocratique entre vous, et entre vous et nous, le meilleur climat de discussion de la législature au sein de notre commission. Fermes dans vos objectifs de rigueur, vous avez préparé un budget qui tient compte du travail effectué depuis trois ans dans notre commission et des pistes que nous vous avons suggérées depuis 2006 : meilleur fonctionnement des services par transversalité, regroupement de leurs compétences ou restructuration hiérarchique de leurs organigrammes, collaborations avec d’autres collectivités publiques, en particulier le Canton et les grandes villes voisines, prise à bras le corps de problèmes difficiles comme l’absentéisme ou les heures supplémentaires. Vous avez répondu à toutes nos questions avec clarté et transparence pendant nos séances de commission. Vous avez incarné pendant ces quatre années de préparation budgétaire avec nous la collégialité qui a fait cruellement défaut à 73 kilomètres d’ici.

Merci enfin aux membres de la commission financière qui ont permis à nos trois séances plénières de fonctionner dans l’écoute mutuelle et la courtoisie. La preuve en est que notre commission a accepté le budget tel qu’il vous est présenté ce soir sans opposition. Je voudrais dire un merci particulier à chacun des groupes :
- le groupe de l’Union démocratique du centre qui a légitimement proposé que la contribution financière aux partis soit augmentée ; grâce à son intervention la commission financière de la prochaine législature déterminera si oui ou non il faut rétablir cette contribution ;
- le groupe radical-libéral qui a convaincu l’ensemble de la commission d’imposer au Conseil communal d’inscrire 30000 francs de recettes supplémentaires pour l’ensemble des travaux de déneigement réalisés par notre ville pour le canton. Ce point de la discussion dans nos séances de commission souligne que cette année il a été assez difficile de faire accepter par le Conseil communal la moindre proposition de modification du budget établi par ses soins après les séances de sous-commission, ne fût-ce que de quelques milliers de francs, dans un sens ou dans l’autre. Nous avons eu l’impression d’avoir parfois devant nous un exécutif fermé comme une huître;
- le groupe du Parti ouvrier populaire qui a non sans témérité pensé que le débat devait continuer de se porter sur les subventions à la vie culturelle et associative; la discussion autour de ce thème fut la plus animée de la commission de cette année, elle n’est apparemment pas terminée ;
- le groupe des Verts qui, inlassablement, nous rappelle qu’il existe une commission du développement durable et que ce thème central de tous les rapports du Conseil communal doit mieux se concrétiser dans les faits ;
- le groupe socialiste enfin qui a eu la lourde tâche, en la personne de M. Pierre-Alain Borel, de rédiger le rapport de 19 pages que vous avez entre les mains ; ce n’est pas la tâche la plus facile d’un conseiller général et M. Borel s’est en acquitté avec bonheur ; nous l’en remercions.

Dans la seconde partie de mon  intervention, je voudrais, à l’aide d’une image, essayer de caractériser le budget 2008 qui nous est soumis. C’est un budget de lumière et d’ombre, lumière conjoncturelle et ombre structurelle.

La conjoncture économique est en effet bonne, voire excellente dans certains domaines et ce budget s’en ressent puisque c’est le meilleur de la législature, avec des recettes fiscales en augmentation de 7% (jugées d’ailleurs sous-estimées par une partie de la commission financière), une dynamique positive à consolider avec l’Etat, ce qui génère des économies. Une heureuse détente, a dit le Conseil communal. Mais cette éclaircie durera-t-elle ?

L’ombre des difficultés structurelles pourrait nous faire dire que c’est le moins mauvais budget depuis longtemps : cela dépend de l’éclairage qu’on veut lui donner. Nous voudrions brièvement faire une analyse de ce problème structurel dont notre ville souffre : nous avons des infrastructures adaptées à une ville de 40'000 habitants qui aurait une pyramide démographique et socio-culturelle différente (plus de jeunes, plus de cadres du secteur tertiaire). Il nous faut donc en même temps
- premièrement réduire le train de vie de notre administration, ce que nous avons fait au point même de la rendre si svelte qu’elle en est presque exsangue,
- deuxièmement, trouver des ressources fiscales nouvelles (plus de contribuables aisés, d’entreprises performantes et riches, une meilleure péréquation cantonale et éventuellement le prélèvement d’un impôt à la source sur les pendulaires non frontaliers) sans penser une seconde à augmenter les impôts, mesure impensable politiquement à l’heure actuelle,
- et troisièmement continuer à investir, avec l’Etat, pour attirer ces nouvelles entreprises et ces nouveaux contribuables.

Le cercle est apparemment vicieux mais des indicateurs sont réellement au vert : les multiples projets d’implantations de nouvelles entreprises performantes ayant confiance en l’avenir d’une région qui n’est pas encore asphyxiée par l’urbanisation galopante de son milieu naturel, l’agrandissement possible de Néode, le développement du quartier Le Corbusier, l’image renouvelée de notre ville, pour les autres et pour nous, générée par la future et possible inscription au patrimoine Unesco, un concept touristique cantonal centré sur le temps.

La bonne santé économique peut ne pas durer et nous plonger à nouveau dans une nouvelle crise, horlogère en particulier. De même, la localisation du site mère-enfant à Neuchâtel serait très néfaste pour l’établissement ici de jeunes familles mais, d’un autre point de vue, l’orthopédie regroupée à La Chaux-de-Fonds, dans un hôpital rénové et de pointe dans le domaine, permettrait de développer des synergies avec des entreprises novatrices en matière de fabrication d’implants orthopédiques artificiels. La responsabilité du Conseil d’Etat dans les futures et prochaines décisions en matière hospitalière est immense. Jamais notre région n’acceptera que le déséquilibre existant s’accentue.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, voyons donc ce budget avec le sens de la mesure et l’art de la nuance, du clair-obscur. Le vouer aux gémonies ou l’encenser, voir tout blanc ou tout noir, n’a été le fait de personne dans notre commission. En conclusion, et avant que notre plénum passe au débat, je voudrais dire que, dans ce sens de la nunace, la commission m’a paru avoir fait un bon travail. Que dans la palette des interventions qui vont suivre nous puissions produire un tableau pas trop désordonné ; sûrement pas un chef-d’œuvre, mais de grâce, chers collègues, pas une vieille croûte.




Interview de Laurent Kurth à RTN le 14 décembre 2007

 

 
 




Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Réflexions générales

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article