2007, la quadrature du cercle pour La Chaux-de-Fonds

Publié le 5 Février 2007

Forte présence de La Chaux-de-Fonds dans les médias romands ce week end. Une interview de Laurent Kurth dans Le Temps samedi 3 février et Mise au point consacré à la fermeture de la pédiatrie hospitalière de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Mais l’essentiel est pour moi mercredi 8 février à 20 h. 00 au Club 44 : la constitution de l’association de soutien à la candidature « Patrimoine horloger » des villes de La Chaux-de-Fonds et Le Locle au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.

Laurent Kurth a des paroles fortes et résolument lucides sur l’avenir de notre ville. Il la défend et croit en son avenir, à condition qu’on la « laisse se réaliser ». Or, quel est le problème dont nous souffrons ? Un déficit structurel d’environ 15 millions qui s’explique par trois facteurs : une diminution des rentrées fiscales depuis 2004 ( baisse de l’impôt communal et suppression de la taxe foncière), des investissements très importants voire disporportionnés entre 2000 et 2004 dont nous devons supporter les lourds amortissements et un report de plus en plus important de charges cantonales sur les communes. Nous sommes contraints de diminuer drastiquement nos investissements, ce qui risque de nous faire passer à côté de projets d’investissements vitaux pur notre développement (exemples : aménagement de terrains pour de nouvelles entreprise ou logements, valorisation de l’espace urbain et culturel). Sur ce point, il est piquant de constater que l’expert de l’Unesco qui viendra en 2008 inspecter nos villes pour faire un rapport sur la candidature verra que La Chaux-de-Fonds n’a même pas un musée d’histoire qui présente la villle, son histoire et son patrimoine horloger de façon moderne didactique et dynamique.

Donc, que faire ? D’abord, croire en la ville et son potentiel. Laurent Kurth le dit .
- Vous croyez en votre ville. Comment convaincre les sceptiques? - Connaissez-vous une autre région de Suisse qui développe un projet comme Robot-Parc, au Crêt-du-Locle, soutenu à hauteur de 800 000 francs par la Confédération, qui sera la vitrine des activités technologiques? Où tous les grands groupes horlogers investissent? Qui peut s'appuyer autant sur une identification de sa population, prête à se mobiliser pour sa région? Qui offre des espaces urbains et environnementaux, une telle harmonie entre activités économiques, culturelles, de détente, qui développe un dossier d'inscription à l'Unesco? Si, avec tout cela, on ne croit pas en sa ville, il faut arrêter!

Mais ce n’est pas suffisant car la réalité actuelle est sombre : Mise au point, réalisé par une ancienne et fidèle chaux-de-fonnière, Isabelle Nussbaum, dégageait un parfum nostalgique de déclin annoncé. On y a vu l’extrême lucidité de Muriel Bovay-Scheider, l’initiatrice de la pétition des 15000 signatures contre la fermeture de la pédiatrie hospitalière, l’impasse illustrée par de sincères parents qui voyaient bien quels problèmes et quelles angoisses se poseront pour des familles qui devront aller à Neuchâtel quand leurs enfants seront malades. On rageait d’entendre Pascal Rubin, directeur des hôpitaux neuchâtelois, faire la comparaison entre descendre à Neuchâtel pour faire du shopping ou y transporter un enfant malade : cette vision technocratique effraie d’autant plus qu’elle semble soutenue par le gouvernement cantonal de gauche. Et on voyait bien que l’équation impossible est de combler le déficit démographique en ayant un déficit d'infrastructures, indispensables pour attirer de nouvelles jeunes famille

Déficits budgétaire, infrastructurel, démographique : alors que faire, une fois de plus, que faire pour démêler cet écheveau ? 3000 personnes vont dans la rue se battre pour leur ville et 75 % d’entre elles ne voulaient pas entendre parler en septembre 2005 d’un léger relèvement fiscal qui aurait soulagé les finances. Les 85% d’entre elles ont voté pour l’assainissement des finances cantonales qui génère les mesures dont elles se plaigent maintenant. La population chaux-de-fonnière veut toujours et même encore plus mais ne ne jamais payer plus. C'est une situation tragique pour la gauche car les solutions possibles se heurtent à l'obstacle des votes populaires qui baleient toute proposition de hausses fiscales.

On ne résoudra pas notre quadrature du cercle si on ne dit pas clairement et rapidement aux Chaux-de-Fonniers que sans un effort pas seulement protestataire de leur part (en bref, une sorte de contribution financière extraordinaire et ponctuelle qui permettrait d'éponger un peu la dette) la ville court à son déclin. Le syndrôme du trou nous menace (se recroqueviller sur soi et gueuler quand on nous fait mal). Sur un quelconque effort financier extraordinaire de la part des citoyens, le consensus politique et populaire est impossible. La droite n’a pas d’autres solutions, sinon couper et encore couper partout et n'importe comment : les logements communaux, la culture, les fonctionnaires. Elle ne n'obéit qu'à une logique gestionnaire et comptable. D'ailleurs, les principaux membres de droite de la commission financière sont comptables, noble métier en soi mais qui déforme la vision d'ensemble. En même temps, la gauche des Montagnes doit dire qu’elle se battra pour imposer l’idée d’un péréquation cantonale de l’impôt sur les personnes morales. Tag Heuer à La Chaux-de-Fonds, c’est bien mais les ressources fiscales dont ils nous feront bénéficier, c’est le dixième de Philip Morris. Il nous faut lancer rapidement une initiative cantonale sur ce thème même si Jean Studer s'oppose pour le moment à cette mesure.

En fonction de l’analyse que je fais, je ne vois pas comment nous échapperons à une mise sous tutelle de l’Etat qui en 2008 nous imposera un relèvement drastique du coefficient fiscal. Il sera en effet très difficile de construire un budget 2008 équilibré puisque nous sommes au bout des efforts que nous avons déjà faits dans les restrictions budgétaires.

C’est pourquoi, dans cette situation que certains trouvent excitante (parce que, pour eux, c’est dans les pires difficultés que la politique a sa raison d’être), je ne vois pas encore actuellement de solution douce à la quadrature du cercle.

Alors, dans l'immédiat, autant à continuer de défendre la candidature Unesco, l'immense espoir de la région d'une reconnaissance mondiale, à rendre jaloux les habitants du Bas.

Je serai donc présent mercredi soir au Club 44, comme je l’avais été en le 7 décembre 2000 quand j’avais publiquement lancé l’idée de cette candidature...



Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Réflexions générales

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article