Démocratrisation culturelle au théâtre

Publié le 6 Mars 2007


A La Chaux-de-Fonds, les trois axes de la politique culturelle institutionnelle sont : la Bibliothèque de la Ville, les Musées et le théâtre. Peut-on dire qu’à travers eux se réalise une « démocratisation culturelle » ?
Nous commencerons aujourd’hui notre réflexion par le théâtre.

Quelle somme annuelle est-elle consacrée par la Ville au théâtre ? Pour 2007, 1, 6 million dont 1,365 million à la Fondation Arcs-en-scène et 116'000 francs à l’ABC. Le Canton et la Loterie romande donnent 900'000 francs à la première et 65'000 francs au second. Bref, 2,265 millions de subventions publiques contre 181'000 francs : un rapport de 1 à 13 en faveur de Arcs-en-scène (Heure bleue et TPR).

Voyons la masse salariale du personnel fixe de ces deux institutions : la Fondation Arcs-en-scène dépense 1,255 million en 2007 pour son personnel fixe, l’ABC 158'000 francs, soit un rapport de 1 à 9.

Une première conclusion : la Fondation Arcs-en-scène, par son importance, doit avoir des missions de service public à remplir.

Si le soutien à la création et à la diffusion artistique (théâtre, musique, danse) reste une priorité, le développement des actions de sensibilisation des publics devrait selon moi faire désormais partie intégrante d’une politique culturelle de gauche. En tous cas en ce qui concerne le rôle d’institutions culturelles comme les théâtres et les musées dans une petite ville comme la nôtre dont la population, par son ancrage sociologique, a moins accès à la culture que dans d’autres villes. Le rôle de l’école obligatoire primaire et secondaire, dont la politique culturelle est définie par les communes, serait, en partenariat avec les institutions culturelles, de démocratiser la culture.

La culture « constitue le soubassement de nos prises de conscience, de nos comportements et des événements historiques. Au même titre que l'éducation et le recherche elle peut aussi être la clé de l'innovation dans nos sociétés à travers la création. (…) Deux objectifs fondateurs n’ont été que partiellement atteints : la démocratisation culturelle (l’accès de la culture au plus grand nombre) reste illusoire et les artistes sont en danger (cf. crise de l’intermittence) ». Cette citation récente (de François Bayrou, eh oui !) rejoint mes préoccupations. Le problème de la démocratisation culturelle se pose partout ailleurs dans un siècle de consumérisme et de perte de certains repères.

Notre école chaux-de-fonnière a-t-elle les moyens d’avoir une politique culturelle ? De moins en moins depuis que les budgets « spectacles et activités culturelles » ont été rabotés en 2005 à l’école primaire et à l’école secondaire. Ainsi, pour 2007, l’école primaire dispose de 20'000 francs, l’école secondaire de 38'000. C’est dérisoire et on ne peut atteindre un des objectifs majeurs mis en avant il y a quelques années : faire en sorte qu’au moins deux fois dans sa scolarité un élève de la ville ait l’occasion d’aller voir un spectacle de qualité à l’Heure bleue, un joyau rénové de notre patrimoine. Une motion Bregnard (POP) est d'ailleurs dans les tiroirs depuis plusieurs années à ce sujet.

Dans ce but, il faudrait faire de vrais choix, par exemple donner mandat à la Fondation Arcs-en-scène d’organiser à l’Heure bleue des scolaires de qualité dont les frais seraient supportés par les subventions de la ville. Scolaires qui constitueraient un moment pédagogique fort de l’année. A voir l’organigramme, bien fourni par rapport à d’autres institutions culturelles communales, de la Fondation (un directeur administratif et un directeur artistique (2 postes), deux assistants de direction et un comptable (2,8 postes), deux chargées de communication et de diffusion (1,3 poste), 4 techniciens (3,6 postes), il serait tout à fait possible de diminuer quelque peu ces postes (ou d’autres comme la publicité et la promotion (260'000 francs !)) et ainsi de pouvoir financer ces scolaires. Voici je le reconnais l’élément provocateur de ce billet : ne pas diminuer les subventions mais exiger qu'elles se répartissent autrement !

Evidemment ces propositions feront bondir tout le monde : les écoles parce qu’elles se diront surchargées d’activités annexes, les institutions culturelles concernées qui prétendront qu’elles manqueront ainsi de personnel et que l’offre au public diminuera, les responsables politiques qui verront leurs habitudes bousculées dans une période où il faut se serrer les coudes.

Je suis conscient que mes idées vont à contre-courant de la tendance actuelle à mettre l’accent sur le prestige et le positionnement de la Fondation dans le paysage culturel romand. Mais « Pour une culture vivante ouverte à tous » était le slogan de ma campagne électorale en 2004 et je continue à croire au rôle important de l’école dans la diffusion de la culture. Arcs-en-scène arrive bien à varier son offre de programmation publique, encore faudrait-il que se mettent maintenant autour d’une table Didier Berberat,  Jean-Pierre Veya, les directeurs des écoles obligatoires et les responsables d’Arcs-en-scène. C’est mon souhait, ici exprimé.

Un prochain billet sera consacré à la sensibiliation au patrimoine artistique, par l'intermédiaire des musées.


Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Culture

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