Constable (suite) : Veya s'avance trop et manque de subtilité

Publié le 18 Mai 2008

Le Téléjournal de TSR 1 du vendredi 19 mai (cf vidéo ci-jointe) affirme que la "Ville de La Chaux-de-Fonds est prête à restituer le tableau" si on lui transmet une copie du catalogue de la vente de 1943. Jean-Pierre Veya avance ses cartes de façon bien imprudente et sans nuances. Le problème éthique ne concerne pas seulement le lien entre notre ville et la famille spoliée mais notre lien à tous (M. Monteagle compris) au tableau même.

C'est donc aussi un problème économique et culturel !

J'attendais bien plus de Jean-Pierre Veya, surtout après la commission du MBA de mardi passé où mon texte ci-dessous a été présenté aux membres et à Veya qui semblait parfaitement d'accord avec ma position.








Ce texte que les lecteurs du blog connaissent depuis le 23 avril a été envoyé à l'Impartial pour être publié dans le courrier des lecteurs.




Dans les futures négociations qui s'engageront entre le Conseil communal et Alain Monteagle, il faudra en priorité se demander si on veut restituer une oeuvre ou un simple objet marchand. Une oeuvre a une vie éthique, un monde à soi, un simple objet non.

Monteagle le déclare dans l'émission, ce qui l'intéresse est de récupérer les oeuvres spoliées à sa famille pour les vendre et en tirer bénéfice. Oui, mais avec qui? Sûrement avec Christie's, la célèbre maison de vente aux enchères qui se sucre de 30% des ventes.

Il est pour moi exclu de restituer ce tableau sans négocier dans l'avantage du Constable, de sa vie propre.

Je vois pour l'instant trois pistes qui présupposent qu'on fasse expertiser le tableau pour déterminer sa valeur actuelle sur le marché de l'art. Ainsi au lieu de le rendre à Monteagle, on pourrait dédommager celui-ci en fonction de la valeur de l'oeuvre et des soins que depuis 20 ans le MBA (Musée des beaux-arts) a pris pour la restaurer et la mettre en valeur. Nous pourrions donc soit :

a) la garder au MBA en trouvant des fonds publics et privés;

b) la vendre à un musée anglais comme la Tate Gallery qui donnerait l'assurance que l'oeuvre vivrait aux côtés d'autres du peintre;

c) la vendre à un collectionneur ou une fondation qui la laisseraient en dépôt au MBA.

A partir de ces bases de discussion, nous devons nous persuader que nous avons le temps pour nous et les bonnes cartes dans notre jeu.

Ces questions doivent être maintenant posées sur la place publique de façon sereine mais déterminée. La balle est dans le camp du Conseil communal, des éluEs et de la commission du MBA avec deux écueils à éviter : l'arrogance qui pourrait être prise pour de l'antisémitisme et le sentiment de culpabilité qui pourrait nous conduire à céder devant toutes les requêtes sans contrepartie.

Rédigé par Daniel Musy

Publié dans #Culture

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Daniel Musy 09/06/2008 09:45

Merci du commentaire de René Zaslawsky dont je regrette la fin, inutilement insultante. C'est la première réaction négative à mon point de vue parmi les innombrables autres recueillies sur mon mail personnel, au marché, dans les bistrots, et bien sur au Musée des beaux-arts dont la commission et même Jean-Pierre Veya partageaient mon analyse. Il est vrai que le MBA devra maintenant être attentif, comme il l'a d'ailleurs été depuis le legs Junod en 1986, sur la provenaance des autres oeuvres. Politiquement, et je pense que Zaza sera d'accord avec moi moi, il faudrait changer la loi suisse qui n'oblige en rien un propriétaire d'une oeuvre spoliée de la restituer ou de dédommager les héritiers. En ce sens, noous sommes à des années lumières de la loi française et ce serait un honneur pour la Suisse de s'engager sur cette voie. Mais ce sera très difficile avec la droite nationaliste.

ZaSLAWSKY 09/06/2008 00:17

Je trouve que tu y vas fort.Ce tableau doit être restitué s'il est prouvé qu'il a été volé à une famille juive dans les condition de la deuxième guerre mondiale. Par la suite, si le propriétaire légitime désire vendre le tableau, La ville de La Chaux-de-Fonds peut trouver des financements privés pour l'acheter à son véritable propriétaire. Une question se pose encore. Combien de tableaux de la collection Junod, achetés dans la même période que celui de Constable ont eux aussi une origine douteuse ? Je pense que c'est plutôt à cette question qu'il faudrait répondre avant d'avoir des délires digne d'un Monopoly de quatre sous.